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La pieuse démagogie de nos hommes politiques - Carnets du chemin ascendant

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La pieuse démagogie de nos hommes politiques

Comme chaque fois, les élections sont le grand moment des grandes promesses. Tous les problèmes, qui n'ont jamais été réglés jusque-là, semblent soudain parfaitement solutionnables et chaque candidat promet le paradis. C'est à se demander pourquoi il fallut attendre aussi longtemps pour voir le bout du tunnel...

Mais vous savez qu'en penser. A ce propos, ne manquez pas le numéro de janvier d'Enjeux-Les Echos : un dossier spécial passe les discours de nos politiques au crible du réalisme économique. Petite recension en sept points de ce qui m'a paru le plus marquant.


1° Le pouvoir d'achat
En France, aujourd'hui, 6,9 millions de personnes vivent avec moins de 788 euros par mois. C'est-à-dire sous le seuil de pauvreté. Parmi eux, 1,3 million sont des travailleurs pauvres. L'instabilité salariale est la première cause des inégalités salariales. A cause d'elle, chaque année, environ 40% des travailleurs voient leur salaire baisser... Bref, le pouvoir d'achat est une question brûlante. Question que Ségolène Royal prétend régler par « un signal fort sur le SMIC ». Or, il est bien évident que ce n'est pas une solution : les salaires augmenteront si l'économie française crée plus de richesses. Ségolène exprime ici une manie bien française de trouver toutes les solutions à tout dans les transferts sociaux...

A noter, au passage, que la part salariale dans la valeur ajoutée est la plus élevée depuis des décennies... Là aussi, les discours convenus sur l'augmentation de la part de la valeur ajoutée attribuée aux profits (au détriment des salaires) sont faux.

2° La victoire sur le chômage
Chacun sait que le chômage a chuté en France. A l'automne dernier, il touchait moins de 9% de la population active. Selon Gérard Larcher, le ministre délégué à l'Emploi, au Travail et à l'Insertion professionnelle des jeunes, « Nous sommes en train de prouver que l'on peut réduire de façon significative le chômage structurel. » En réalité, l'OCDE établit ce chômage structurel à 8,8% de la population active, et l'OFCE à 7%. En d'autres termes, le problème du chômage structurel n'a même pas commencé à être entâmé...

En outre, ce n'est pas la vitalité économique de la France qui explique la décrue du chômage, mais le papy-boom. En raison des départs à la retraite, et du plus faible nombre d'entrées sur le marché du travail, la population active n'a augmenté que de 40 000 personnes en 2006, contre 250 000 en 2000. Il est plus simple, dans ces conditions, de réduire le chômage. Mais pour atteindre l'objectif du plein emploi, les réformes de fond restent nécessaires...

3°Taxation et délocalisations
Ah, les délocalisations ! Qui peut encore croire que Satan est cornu et a les pieds fourchus ? Car si Satan ressemble à quelque chose, c'est bien aux délocalisations...! Entre 1995 et 2001, selon l'INSEE, 13 500 emplois ont été délocalisés chaque année, soit... 0,35% du total annuel des emplois industriels ! Voilà un bien petit diable, en vérité. D'autres estimations, aux définitions plus larges, aboutissent à une proportion de 5%. C'est toujours loin de l'hémorragie fatale que l'on n'arrête pas de dénoncer partout.

Mieux encore. Moins de la moitié de ces délocalisations annuelles se sont faites au profit de pays à bas salaires. En fait, 52% des délocalisations auraient correspondu à des stratégies de réorganisation productive, et ont donc bénéficié à des pays développés, plutôt qu'à une volonté d'abaisser les coûts...

Et ce n'est pas tout. A la différence des grincheux qui ne voient qu'un aspect des choses, il faut comprendre que la mondialisation crée aussi des emplois. Par exemple, en renforçant la spécialisation des employés nationaux. Ainsi, les banques et services financiers britanniques ont délocalisé leurs back-offices en Inde, ce qui leur a permis de concentrer leur effort dans les domaines où ils produient une véritable valeur ajoutée.

Mais à quoi bon la réalité économique ? Mme Royal surfe que la vague émotionnelle : « Il faut taxer les entreprises qui délocalisent les emplois et taxer leurs produits lorsqu'ils [sic] les réimportent. » Ah, taxer, taxer, toujours et encore taxer... Mais, cela nuirait à la compétitivité des entreprises françaises (accroissant par là même les destructions d'emplois) et réduirait davantage encore le pouvoir d'achat. En effet, si la production est délocalisée, et ne se fait donc plus en France, elle est toujours destinée au marché français. Taxer l'importation des produits reviendrait donc à pénaliser... le consommateur français.

4° C'est la faute à l'euro
Le deficit commercial de la France serait dû à la trop forte valeur de l'euro. Que nenni. L'Allemagne, qui partage la même monnaie, est redevenue la première puissance exportatrice du monde. De plus, la France réalise l'essentiel de son déficit commercial... avec les pays de la zone euro ! Autrement dit, même si l'euro dévaluait, cela ne changerait pas grand chose à la situation. Enfin, last but not least, comme on dit, sans l'euro, la France ne pourrait s'offrir ce magnifique endettement que le monde entier lui envie.

5° Le tourbillon des diplômes
Nicolas Sarkozy a déclaré : « Il faut que nous augmentions encore les capacités d'accueil de l'enseignement supérieur. » Outre que ce n'est pas tout à fait vrai, il n'est pas que des avantages à produire trop de diplômes. Toute chose banale se déprécie. Il en va de même pour les diplômes : plus cela va, plus il en faut des élevés pour prétendre à un même poste. Résultat, de 17 à 44% des diplômés occupent un poste inférieur à leur qualification...

En fait, ce n'est pas vraiment un problème de quantité. La proportion des diplômés du supérieur chez les 25-34 ans n'est que de 22% en Allemagne et 12% en Italie, sans que l'économie de ces deux pays n'en souffre. Le problème est surtout qualitatif : quelle adéquation des diplômes aux besoins du marché du travail. Ce n'est pas à l'économie d'absorber les diplômés, c'est aux diplômés de choisir les études qui répondent aux besoins de l'économie. La charrue après les bœufs !

6° L'écologie des taxes
Savez-vous qu'il existe en France 40 taxes écologiques au moins ? Et que ces taxes rapportent la bagatelle de 48,5 milliards d'euros, quand l'impôt sur les sociétés lève 55 milliards... (chiffres de 2005). Le tout sans la moindre cohérence. Ce qui n'empêche pas les hommes politiques de penser à de nouvelles taxes, comme Dominique de Villepin qui propose de taxer le charbon (gain escompté, 40 millions d'euros par an).

7° Après celle des dinosaures, l'extinction de la dette publique
Une dette colossale de 1 100 milliards d'euros pour un actif public de 550 milliards... Mais, précise d'emblée l'article, tant que la dette est souscrite, c'est-à-dire que les emprunts d'Etat trouvent preneur, il n'y a pas de preuve qu'elle est trop importante. Pour le moment, la dette est remboursée par l'impôt... et d'autres emprunts. La faillite n'est donc que virtuelle et, d'ailleurs, un Etat ne fait pas faillite (mais banqueroute, ce qui est déjà bien assez douloureux). En fait, deux choses inquiètent. D'une part, la dette ne prépare pas l'avenir mais finance le fonctionnement courant de l'Etat. D'autre part, elle devrait augmenter à l'avenir, au fur et à mesure du vieillissement de la population. Alors, lorsque François Fillon dit que « Le contrat de législature fixera l'objectif de ramener en cinq ans le poids de la dette publique sous la barre des 60% du PIB », on peut raisonnablement en douter...

Source :
Lauence Bagot, Pascale-Marie Deschamps, Marie-Paule Virard, Claude Vincent, « Info ou intox ? », Enjeux-Les Echos, n°231, janvier 2007, pages 32 à 46.

Trackbacks

1. Le jeudi 11 janvier 2007 à 09:35, de ylyad

Petite mise au point

En ces temps de campagne électorale, il est toujours bon de rappeler aux candidats la réalité économique et d’y confronter leurs programmes. Le résultat est, comment dire, étonnant: le magazine Enjeux/Les Echos en a fait son sujet de couver...

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Commentaires

1. Le jeudi 11 janvier 2007 à 12:26, par Chitah

Sur les délocalisations, je renvoie à cet article de Wikibéral qui cite notamment l'étude de l'INSEE sur les 13500 postes perdus entre 95 et 2001. http://www.liberaux.org/wiki/index.php?title=D%C3%A9localisations

2. Le jeudi 18 janvier 2007 à 17:54, par ronald

site decouvert grace au gauchiste repenti au sujet de la dette il y a une chose que je ne comprend pas Sachant que les agences de notation ( le plus souvent anglo-saxonnes ) accordent toujours un excellent "rating " aux emprunts de l etat français c est qu ils pensent que LEUR dette sera toujours remboursée

3. Le dimanche 13 mai 2007 à 23:26, par Anton WAGNER

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Présentation

Bienvenue sur les Carnets du chemin ascendant !

Né en 1979, je suis professeur d'histoire-géographie dans le secondaire. Ce qui ne m'empêche pas d'être partisan des idées libérales, voire même libertariennes. J'espère que ce site permettra aux lecteurs de bonne foi de se forger une vision plus juste de ce courant de pensée, souvent vilipendé avec injustice.

Mais laissons la parole à un grand maître du libéralisme :

« Le libéralisme est une philosophie de paix et de collaboration internationale. C'est le point de départ de cette doctrine sociale et économique que les intérêts bien conçus de tous les individus et toutes les nations doivent nécessairement s'harmoniser dans une société où règne la propriété privée et le libre-échange. »

Ludwig Von Mises, La Crise mondiale, 1938.

A toutes et à tous, bonne lecture !


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