Carnets du chemin ascendant

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jeudi 01 mai 2008

Un peu d'histoire du Tibet


Lycéens strasbourgeois manifestant, 29 avril 2008. AFP/FREDERICK FLORIN Aujourd'hui 1er mai, c'est la fête du travail... C'est-à-dire qu'on ne travaille pas ! (Bon, c'est amusant mais c'est une constatation banale.) Moi, je reste assez indifférent parce que je suis en vacances. En mode corporatiste cela donne : quel scandale que pour nous, professeurs de la zone C, le 1er mai tombe pendant les vacances d'avril. Ainsi, nous sommes spoliés d'un jour de repos alors que les autres enseignants, des zones A et B, profitent pleinement d'une journée supplémentaire pour récupérer de ce labeur exténuant et ingrat qu'est l'enseignement. C'est une injustice intolérable dont nous devons, par ceci d'égalité citoyenne et républicaine, être dédommagés... Fin du mode corporatiste.

Alors, on ne travaille pas le 1er mai, mais on peut lire toute de même. Voici, via Polluxe, le texte d'une conférence sur l'histoire du Tibet et de ses relations avec la Chine. Ca couperait le sifflet à cette andouille de Mélanchon. Car c'est pire que ce je croyais. Non seulement le Tibet n'était que vassal de la Chine au XIVème siècle, et non partie de la Chine comme le claironne faussement Mélanchon, mais en plus ce lien de vassalité était très spécial (je n'en dis pas plus, le chöyön est très bien expliqué dans la conférence). Surtout, au départ et jusqu'à l'adoption du boudhisme qui en fit un peuple pacifique, ce sont les Tibétains qui tinrent la dragée haute aux Chinois... En fait, ce n'est qu'au cours du XVIIIème siècle que la domination chinoise s'apparente à une incorporation du Tibet dans l'Empire du Milieu avec, à ce moment, un quiproquo dans l'interprétation de cette domination entre Chinois et Tibétains... L'inévitable Dessous des cartes m'a aussi appris que le Tibet est culturellement tourné vers l'Inde, et non vers la Chine : c'est de l'Inde que sont venus le boudhisme et l'écriture.

Voilà, bonne culturation !


Texte de la conférence, prononcée à l'université de la Réunion en novembre 2002
(17 pages)

mercredi 30 avril 2008

Un éclairage sur la crise de l'école


Voici une analyse de la crise de l'Éducation nationale que j'ai trouvée stimulante. Sur le fond, je partage l'avis de l'auteur : l'école est en crise parce qu'elle n'est plus adaptée aux attentes des élèves qu'elle reçoit. C'est là, fondamentalement, le problème, qui n'est pas celui d'un manque quelconque de moyens ou d'enseignants. D'aucuns partageront cet avis. Ce qui est tout spécialement intéressant, je trouve, c'est l'explication que l'auteur donne de ce décalage. Une explication de prime abord paradoxale. En effet, l'école de la République serait en crise parce qu'elle aurait trop bien réussi la mission qui lui fut jadis confiée, rendant nécessaire de passer à autre chose. Dommage, toutefois, que les pistes d'une refondation de l'institution scolaire soient si rachitiquement abordées. Cependant, n'est-ce pas justement là le véritable chantier ?

Mais lisez ce papier, ce sont 16 pages qui valent leur peine. Elles ont été écrites par un professeur de philosophie, Francis Marfoglia. Elles ont été publiées en décembre 2007 sous le titre De l'école des citoyens à l'école des personnes par l'association SOS Éducation. Cliquez sur le lien ci-dessous et bonne lecture.

Francis Marfoglia, De l'école des citoyens à l'école des personnes

Ca bouge toujours chez les lycéens de province


Lycéens strasbourgeois manifestant, 29 avril 2008. AFP/FREDERICK FLORIN Habitant en zone C, je suis en vacances. J'avais un peu oublié le reste du pays. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la contestation lycéenne, qui sommeille pour le moment en région parisienne, n'a pas disparu en province. Selon la FIDL, entre 40 000 et 50 000 lycéens seraient descendu dans la rue hier dans toute la France. La police n'a pas donné son estimation et l'AFP évoque plutôt le chiffre de 30 000 manifestants... Ainsi, on a compté que 3 500 à 4 000 personnes ont défilé à Toulon et Nice, 1 600 à 3 000 à Tours, 1 500 à 3 000 à Rouen et 1 500 à 2 000 à Marseille. A quoi s'ajoute quelques centaines de manifestants signalés à Orléans, Strasbourg, Toulouse, Lille, Besançon, Lyon, Chateauroux ou Rennes. Bref, ce n'est pas un raz de marée, ce qui n'empêche pourtant pas Le Monde de titrer l'article : « Forte mobilisation lycéenne en province ».

Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que mai sera le paroxysme de l'épreuve de force entre le ministre et les composantes de l'Éducation nationale qui s'opposent à lui. Entre les cortèges prévus le 1er mai et les manifestations arrêtées pour les 15, 18 et 24 mai, on verra bien si monsieur Darcos sera le ministre qui ne cède pas, comme il se plaît à le répéter sans arrêt. Pour une fois qu'on avait un véritable troisième trimestre, il va complètement tomber à l'eau... C'est décidément une vraie malédiction dans ce pays !

Moi, ce qui m'amuse beaucoup dans cette photographie, c'est la revendication inscrite sur le petit tableau noir. Elle me fait penser à ces vers, pleins de bons sentiments, que Victor Hugo écrit dans À qui la faute :

Le livre est ta richesse à toi ! c'est le savoir,
Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,
Le progrès, la raison dissipant tout délire.
Et tu détruis cela, toi !

- Je ne sais pas lire.


Je sais bien que la majorité des lycéens défile pacifiquement sans mettre le feu aux édifices publics et au mobilier urbain. Mais on retrouve un peu la même vision : l'opposition entre ordre et éducation, l'idée qu'instruction et sécurité sont en concurrence (ce qui, à la réflexion, n'était sans doute pas le sens que voulait défendre Hugo). Il est pourtant tout à fait faux de dire que le ministère de l'Intérieur vampirise les moyens financiers de l'Éducation nationale. Mais, lorsque, à l'arrière plan, je vois le drapeau rouge, frappé des lettres SUD, je me doute bien d'où vient cette revendication farfelue. Elle comporte toutefois l'immense avantage d'éluder les vraies questions. Cette façon de rappeler la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy, en particulier avant son accession à la présidence, puisque désormais il est le « président du pouvoir d'achat », politique très honnie par toute une frange de l'électorat et des forces politiques de ce pays (un rappel qui joue sur l'idée, très soixante-huitarde finalement, que les jeunes n'aiment pas la police), n'est qu'un moyen de détourner l'attention des lycéens et du public des véritables problèmes de l'éducation nationale. Car s'attaquer à ces problèmes reviendrait à s'attaquer aux intérêts des syndicats enseignants. Les lycéens sont bien naïfs de ne pas voir qu'ils participent à le perpétuation d'un système qui leur est sacrément hostile et qui les dessert gravement, mais qui concoure à la promotion d'idéologies particulières et à la protection d'intérêts catégoriels.

Source :
Rédaction en ligne, avec AFP et Reuters, « Forte mobilisation lycéenne en province », Le Monde, 29 avril 2008, ici.

lundi 28 avril 2008

Mélanchon mélange tout


On n'est pas couché d'il y a deux semaines. Le sujet porte sur le Tibet. Je n'aimais pas beaucoup Mélanchon, mais je ne m'imaginais pas qu'il ait eu un esprit aussi obtus et borné. Le pire, c'est que tout cela lui donne un charisme évident.




Mélanchon arrive avec une position qu'il présente de façon équilibrée : on peut ne pas être d'accord avec Pékin, mais ne pas soutenir pour autant le dalaï-lama. Il semble donc renvoyer les deux parties dos à dos. Cette position est parfaitement valable, c'est celle d'Eric Zemmour. Plus celle de Zemmour, d'ailleurs, que celle de Mélanchon. Car, en réalité, on sent bien où penche son cœur. Cela commence par l'apologie de la civilisation chinoise. Certes la Chine a une histoire et une culture vénérables et admirables, mais le Tibet n'est pas non plus un désert culturel.

Il y a ensuite l'allégeance politique. Bien qu'il s'en défende (il répète à plusieurs reprises ne pas être du côté du gouvernement chinois), Mélanchon montre une étrange mansuétude pour le régime chinois. Il le proclame même : être du côté de la révolution (quelle qu'elle soir, donc), c'est une « tradition personnelle ». Pour lui, rappeler que la Chine est un dictature est une « cotisation », autrement dit une sorte de politiquement correct. C'est fort tout de même, Zemmour a raison de lui rappeler que ce n'est pas négligeable.

En fait, Mélanchon poursuit d'autres finalités politiques : la laïcité, l'anti-américanisme, l'anti-capitalisme, etc. C'est ce qui explique qu'il partage nombre de positions avec Zemmour. Au passage, c'est amusant de constater qu'il ne le comprenne pas. Pour lui, Zemmour est pro-libéral et pro-tibétain, un comble ! De manière général, ça m'amuse beaucoup de voir combien Zemmour est caricaturé. C'est incroyable la quantité de gens qui ne comprennent rien à son positionnement idéologique (et je dis cela alors que j'ai de profonds désaccords avec lui).

Mais revenons à Mélanchon. Ce dernier, tout en prétendant connaître l'histoire et voulant rétablir la vérité, n'hésite pas à faire des raccourcis contestables. Sur l'histoire du pays, pour commencer, il dit que le Tibet appartient à la Chine depuis le XIVème siècle. Ce n'est pas tout à fait exact. Le Tibet était vassal de la Chine. Ce qui implique qu'il n'était pas à la Chine. De toute façon, ce qui compte, c'est la manière dont la domination chinoise est perçue par les Tibétains : cela s'appelle le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Je pense que, dans d'autres circonstances, Mélanchon n'hésiterait pas à le brandir. Peut-être devrait-il réclamer la réintégration de la Mongolie à la Chine, puisque la Mongolie fut longtemps sous domination chinoise pour ne recouvrer son indépendance qu'en 1945. De plus, il omet les vicissitudes de l'histoire : de 1911 à 1949, le protectorat chinois n'est plus que nominal et le Tibet est, de fait, indépendant.

Mélanchon oublie aussi, ce que lui rappelle Zemmour, qu'il y a un fait nouveau : la Chine impose une véritable colonisation aux Tibétains. Mélanchon fait mine de ne pas voir les différences ethniques, linguistiques, culturelles et historiques. Ce faisant, il épouse un discours parfaitement colonialiste. La théocratie tibétaine était une horreur. Soit. Légitime-t-elle la politique de Pékin ? Je me rappelle des motifs progressistes invoqués par les colonisateurs en Afrique : mettre fin à la barbarie et à l'ignorance, faire cesser l'esclavage et la traite, réprimer les guerres tribales et assurer la paix, apporter, enfin, la prospérité économique. Le tout, bien évidemment, sans jamais consulter qui que ce soit. C'est finalement ce que fait la Chine au Tibet. Que le régime des lamas ait été haïssable et abominable par le passé est un fait, ce n'est pas une excuse.

Mélanchon disqualifie la révolte tibétaine de 1959 en laissant penser qu'elle vient des réformes libératrices des communistes (abolition de l'Ancien Régime local, pourrait-on dire). Or, d'après Hérodote, c'est le quatorzième dalaï-lama lui-même, Tenzin Gyatso, qui abolit la corvée et le servage. Il lança aussi une réforme agraire. Mais les communistes chinois, en bons totalitaires qu'ils sont, s'en prirent aux temples boudhistes, violant ainsi les garanties qu'ils avaient eux-mêmes données aux Tibétains lors de la reprise en main du pays. Le dalaï-lama, craignant pour sa personne, s'enfuit en Inde. C'est alors qu'éclata la révolte tibétaine, le 7 octobre 1959. Une répression sans douceur n'empêcha pas les Tibétains de se soulever plusieurs fois par la suite : en 1987, 1988 et 1989. C'est notamment après l'écrasement de la révolte de 1989 que la politique de Pékin se durcit par l'accélération de la sinisation du Tibet. Il semblerait donc que l'histoire soit un peu différente de celle que raconte Mélanchon. Au lieu de simplement dénoncer les lynchages de passants chinois, au demeurant parfaitement condamnables, il devrait se demander pourquoi ils ont eu lieu.

On pourrait trouver beaucoup de choses à redire. Comme la confusion qu'il entretien entre indépendance du Tibet et les revendications du dalaï-lama (rappelées par Torreton), son délire sur le mépris et le racisme antichinois, ses propos contestables sur le boudhisme comme religion (mais dans sa perspective laïque, je peux les entendre), ses comparaisons fumeuses avec le Kosovo et l'Afghanistan (mollement pointées par Éric Naulleau)... Inutile de continuer plus avant. Pour le reste, certaines choses sont justes. La surpolitisation des jeux olympiques, l'extrémisme ridiculement pathétique de certains manifestants occidentaux récemment éveillés à la cause tibétaine, etc. Mais le manque de mesure, le bagout facile et démesuré du personnage détruisent complètement la rationalité de son discours.

vendredi 25 avril 2008

Allocution présidentielle : Il a parlé


J'ai écouté, tantôt sérieusement, tantôt distraitement, l'allocution télévisée de Nicolas Sarkozy. J'ai trouvé l'homme empli d'une humilité à laquelle il ne nous avait guère habitués. C'est ainsi qu'il a admis avoir commis des erreurs ; il a aussi reconnu y avoir des déceptions et des espérances frustrées... On était loin, très loin, du personnage triomphant du temps de la campagne et du commencement de son quinquennat.

Ce nouveau comportement m'a fait une sensation étrange. « Sans doute n'ai-je pas assez expliqué, sans doute ai-je fait des erreurs Â», a-t-il dit plusieurs fois. Puis il a endossé sa responsabilité dans le mécontentement de l'opinion. Et ce fut un festival. Son entourage parlait-il trop dans les médias ? « Certainement, mais c'est aussi ma faute ! Â» Y a-t-il eu trop d'indulgence à l'égard des ministres ? « J'en prends ma part de responsabilité Â». Sur le paquet fiscal, « nous avons fait une erreur de communication énorme ! Â», a-t-il lancé. Le cafouillage sur la carte famille nombreuse ? « Une autre erreur. Â» Et pour conclure cet acte de contrition repentante :« J'essaye de faire mon travail le mieux possible. Je vois tous les mécontentements. J'essaye de corriger les erreurs. Â» On aurait dit un bon chrétien cherchant l'absolution ; un Christ se crucifiant lui-même sur l'autel de ses fautes...

Une attitude, pour le moins, rafraîchissante. A voir, maintenant, si cette prestation calme et posée le fera remonter dans le cœur des Français. Il faut rappeler qu'un sondage récent montrait qu'à 72%, les interrogés estimaient que le bilan du président était mauvais. Et puis il y eu cette étrangeté : un Premier ministre plus populaire que le président de la République..., de quoi faire réfléchir même un Nicolas Sarkozy.

Alors, doit-on espérer un avenir radieux ?

Tout en ayant remisé son arrogance, Sarkozy est resté ferme sur ses positions. Il a défendu son action contre les attaques de journalistes que j'ai trouvés plus incisifs qu'à l'accoutumée. La réforme est donc maintenue comme une nécessité absolue. C'est une bonne chose, même s'il faudrait allez plus loin. Je veux bien admettre qu'il a fait plus que nombre de ses prédécesseurs, mais la rupture tant promise n'est toujours pas là. Il a déclaré qu'il ne cèderait pas aux revendications lycéennes, arguant du fait que le nombre d'élèves a diminué et diminuera l'année prochaine. C'est assez inhabituel de voir l'exécutif maintenir le cap malgré les tempêtes de protestations. Personnellement, j'apprécie de voir un dirigeant rappeler que le pouvoir n'est pas dans la rue. A ce propos, il a rappelé des évidences. Par exemple, que les dépenses faramineuses dans l'Éducation nationale n'ont pas porté leurs fruits, que faire du quantitatif en recrutant sans cesse de nouveaux professeurs n'était pas une solution, que les moyens éducatifs étaient trop dispersés, parfois dans de pléthoriques et désertes options, etc.

Malgré tout, je reste sur ma faim. Alors qu'il relève le gonflement absurde de la fonction publique, il ne na pas assez loin dans la réforme de l'État. Alors qu'il relève que nous payons beaucoup plus d'impôt que les Allemands, il ne coupe pas assez les dépenses pour réduire davantage les prélèvements obligatoires. Alors qu'il pointe le manque de concurrence comme la cause d'une augmentation plus importante des prix en France qu'ailleurs en Europe, il reste trop timide en ne s'occupant que des grandes surfaces.

Et puis il y a ce RSA, revenu de solidarité active. L'idée, si j'ai bien compris, c'est de supprimer l'effet de seuil pour ceux qui, ayant retrouvé un emploi, gagneraient moins et pas davantage que lorsqu'ils empochaient l'argent de la solidarité nationale. Je n'ai pas d'avis sur la question, bien que ma fibre libérale me commande de condamner la solidarité forcée. En revanche, cette prise à partie des agences de notations est vraiment pitoyable. En bon politique, Sarkozy sait que vilipender la mondialisation et ses acteurs est une bonne solution pour créer de l'unanimité. Malheureusement, je ne crois pas cela très propice au progrès des connaissances économiques de nos concitoyens.

Au final, je reste circonspect, comme je l'ai toujours été concernant Nicolas Sarkozy. Comme il le dit lui-même, il lui reste encore quatre ans pour agir. A voir.

jeudi 24 avril 2008

Mondieumondieumondieu...


Vous le savez certainement, le Parti socialiste a défini une nouvelle déclaration de principes le 22 avril dernier. Les média ont alors abondamment souligné l'aggiornamento des socialistes à propos du capitalisme et de l'économie de marché. Mais pas du libéralisme, il ne faut pas pousser quand même...

Personnellement, cette évolution m'a plutôt plu, elle va clairement dans le bon sens, même si elle est encore très timide. On pourrait penser que les socialistes sont en plein procès d'évolution. Reste encore à voir si les militants accepteront ces modifications en juin prochain.

Malheureusement, avec les socialistes, c'est un pas dans le bon sens, trois dans le mauvais. Car, dans cette nouvelle déclaration de principes, le PS s'affirme... féministe. « Le Parti socialiste est féministe et agit en faveur de l'émancipation des femmes. Il œuvre pour l'égalité entre les femmes et les hommes et la mixité de la société. Il garantit aux femmes, l'accès aux droits fondamentaux (santé, éducation, contraception, IVG), et condamne la marchandisation du corps humain », stipule l'article 14.

J'avoue mal saisir en quoi ces prises de positions sont spécifiquement féministes. A moins de croire que les femmes aient des droits spécifiques, non reconnus aux hommes, en matière de santé, d'éducation, d'emplois, etc. Cette manie de vouloir toujours reconnaître des groupes pour protéger des droits individuels, c'est exaspérant. Et que vient faire ici la condamnation de la marchandisation du corps. S'agit-il de la prostitution ? Ou bien de la commercialisation des organes (auquel cas cela n'a rien à voir avec le féminisme) ?

Bref, ce n'est pas demain la veille que l'on verra les socialistes abandonner leurs réflexes collectivistes.

Source :
Rédaction en ligne, « Le PS se déclare "féministe" dans sa déclaration de principes », Le Nouvel Observateur, 23 avril 2008, disponible ici.

La France prosternée aux pieds des mandarins


Je n'ai pas écrit ces derniers jours car je n'étais pas chez moi, mais chez mes parents. Une vive discussion avec mon père (pour qui, dans une fixation maniaque et obsidionale, seul compte le problème israélo-palestinien) me pousse à jeter un mot sur les incidents ayant émaillé le parcours de la flamme olympique à Paris.

Tout d'abord, je considère les agissements de Pékin au Tibet hautement et parfaitement condamnables. C'est une politique coloniale, elle doit-être dénoncée comme telle, comme toutes les politiques coloniales. Peu me chaut, d'ailleurs, que le pays connaisse un rapide développement économique : le fait est que les Tibétains dans leur ensemble paraissent malheureux sous la botte chinoise. Cela suffit.

Je suis également consterné par le manque total de recul et d'esprit critique que montrent les Chinois, aussi bien ceux de Chine que ceux de la diaspora. Encore puis-je comprendre les réactions des Chinois de Chine, abreuvés qu'ils sont de la propagande étatique distillée à hautes doses par des médias aux ordres. Mais les Chinois français... Bon sang ! N'ont-ils pas accès à d'autres sources d'information ? Leur mobilisation massive pour défendre l'honneur de leur pays d'origine me laisse interdit...

Cela étant dit, il faut bien admettre que la manière qu'a prise la contestation lors du passage de la flamme olympique à Paris est d'une imbécilité rare. A part passer pour des arrangés, je perçois mal l'intérêt de la chose. Le résultat, en tout cas, est on ne peut plus pathétique. Manifester avec sauvagerie et brutalité, troubler l'ordre public, se jeter sans égard sur une handicapée (quel sens de la communication et, surtout, quelle preuve de respect !)... voici donc que tous les Chinois se sont solidarisés avec leur gouvernement et que ce dernier, se sentant offensé à bon droit, en joue pour détourner l'attention. La victime, dans l'affaire, ce n'est plus le peuple tibétain, c'est le peuple chinois... Ou comment gagner l'opposé du but recherché. Le crétinisme des manifestants est d'autant plus consternant qu'ils se sont faits plus pro-tibétains que le dalaï-lama lui-même... Et, comme si cela ne suffisait pas, voilà les Chinois en proie à un delirium tremens anti-Français, se livrant aux amalgames les plus fumeux, tels que comparer le Tibet à la Corse ou aux émeutes dans les banlieues. Cerise sur le gâteau, le CIO envisagerait de ne plus organiser de parcours pour la flamme olympique à l'avenir. Un tel fiasco est suffisamment rare pour ne pas susciter une sorte d'admiration.

Une marche de contestation plus solennelle et digne, plus inventive peut-être aussi, aurait été plus idoine à mon avis. La protestation, affichée sur les murs de l'hôtel de ville de Paris, était infiniment plus respectable, bien que je la crois elle aussi déplacée dans la mesure ou le maire de Paris, n'ayant pas été élu par l'ensemble des Français, ne devrait pas prendre des positions engageant le pays dans son ensemble.

A ce propos, je trouve affligeante l'attitude du gouvernement français. Aller se prosterner devant les Chinois pour éviter leur courroux... Que ne ferait-on pas pour des contrats ! J'aurais jugé légitime une déclaration de Sarkozy condamnant et regrettant le comportement des contestataires. Mais, enfin, la France est un pays libre, en tout cas mille fois plus que la Chine. Aussi le gouvernement n'a-t-il pas à s'excuser de l'opinion de ses citoyens. La seule faute qui aurait pu être reprochée, ce serait d'avoir mal assuré la sécurité de la cérémonie. Or, honnêtement, le dispositif sécuritaire était impressionnant, le gouvernement n'a pas failli à la bonne organisation de la manifestation olympique.

Alors, tous ces salamalecs des émissaires de la République à Pékin m'affligent. Il faut que la France soit bien faible pour se trouver en pareille posture devant un pays qui, rappelons-le tout de même, appartient toujours au tiers-monde. C'est aussi peu encourageant quant à la volonté de nos dirigeants de rappeler et défendre les droits fondamentaux qui devraient régir nos sociétés démocratiques. Mais, cela, ce n'est malheureusement pas une découverte.

samedi 19 avril 2008

Mort d'Aimé Césaire, petite introspection identitaire


Aimé Césaire n'est plus. Il s'est éteint avant-hier à Fort-de-France, en Martinique, à l'âge respectable de 94 ans. Personne n'est immortel.

Je devrais me sentir quelque peu concerné. Mon père était Antillais et ma mère métropolitaine (enfin sont, car, Dieu merci, ils sont toujours vivants). Ce qui fait de moi un métis. Pire, le mélange ayant un peu manqué, je suis un métis à gueule d'Arabe. Et c'est vrai que souvent, des Arabes se sont mépris et sont venus me parler en arabe (langue, bien sûr, à laquelle je n'entrave rien) !

Une bonne partie de ma famille se trouve donc dans les Antilles. Une kyrielle de tantes, des théories d'oncles, une multitude de cousins, un grouillement de nièces et de neveux..., c'est que, là-bas, les gens se reproduisent vite, tôt et avec abondance ! Certains ont quitté le paradis frelaté des Caraïbes pour les cieux, en réalité plus cléments, de la métropole. Avec ceux-là, de temps à autre, de magnifiques repas familiaux sont organisés. Avec force boudins noirs, accras et chiquetaille de morue, dombrés, choux de Chine, ignames, sauce chien, queues de porc (mais moi je n'en mange pas), etc. J'adore la cuisine antillaise ! Et puis il y a ce succulent chaudeau, cette crème plutôt liquide, chaude et sucrée, dont on ne sais jamais si on pourra en manger tant on a fait bombance, mais à laquelle on ne saurait aucunement résister... Oui, j'adore la cuisine antillaise.

Pourtant, je ne me sens pas Antillais pour deux sous.

Je n'aime pas les Antilles. Il y fait trop chaud pour moi, malgré le vent du large. On s'y ennuie, car les îles sont belles mais rondes et petites. Le farniente sur la plage est une activité plaisante, à condition de pouvoir l'agrémenter de choses variées et différentes. Dans les Caraïbes, on a assez vite fait le tour. Je n'aime pas la mentalité des gens. Elle est trop rabougrie, étriquée, repliée sur elle-même. La faute à l'histoire, sans doute, et à l'étroitesse des lieux. Et puis, quelle misère ! Je me souviens que la dernière fois que j'y suis allé, je vis un vache décharnée, un peu comme il s'en trouve en Afrique ou en Inde, rien de commun avec nos grosses bêtes charnues, qui paissait sur le bord de la voie rapide qui partait de l'aéroport... Une couleur locale très tiers monde.

Je ne suis allé aux Antilles que deux fois en tout et pour tout. Je ne désire pas y retourner. Rien ne m'agace plus que cette mode de rêver devant les paysages tropicaux de sable fin et blanc, de mer turquoise... Mode qui pousse mon interlocuteur (-trice, en fait le plus souvent, bizarrement) à affecter la surprise et l'incrédulité à chaque fois que j'avoue rester de marbre à l'évocation des tropiques. Pour moi, c'est plutôt tristes tropiques, pour reprendre un titre fameux. Comme s'il n'existait pas de superbes paysages ailleurs. Comme s'il fallait partir loin pour être dépaysé. Quant à cette furie du bronzage, outre son danger pour la santé, elle m'est parfaitement incompréhensible. Et de toute manière, pour ne pas arranger les choses, je déteste l'avion.

Aussi, si étrange que cela puisse paraître, je me suis toujours senti Blanc. Malgré le démenti cinglant que m'inflige le miroir chaque matin, et tous ces passants qui s'obstinent à me croire Arabe, je me vois, me vis, me sens Blanc. Preuve, s'il en est, que l'identité est une construction culturelle plus que naturelle. Je dis culturelle, mais je pense individuelle en fait, car c'est tout à fait consciemment que je me construis une identité blanche ; j'ai choisi d'être Blanc. Vous comprenez où cela nous mène : un concept comme celui de la négritude, pour moi, n'éveille aucun écho.

J'en comprends la raison historique. Sans doute était-il bon en une certaine époque, quand l'affaire était d'en finir avec l'infamie coloniale. Mais toute pensée qui vise à greffer l'identité sur la race me laisse dubitatif, même si les intentions sont lumineuses, et non ténébreuses comme fut le nazisme. Je pense que poursuivre en pareille voie ne peut que jeter tôt ou tard dans une impasse, si l'on ne sait dépasser cette première forme d'affirmation de soi. De toute manière, la négritude est une idée collectiviste. En tant que libéral, je ne peux que la rejeter comme hérésie de la saine raison. C'est pourquoi il n'est pas étonnant d'avoir vu Aimé Césaire soutenir Dieudonné. « Il est jeune, il va à l’essentiel. Il a tout mon soutien », aurait-il déclaré.

Bref, la négritude vaut peut-être d'un point de vue littéraire et poétique, mais pas à mon avis d'un point de vue politique.

jeudi 17 avril 2008

L'Education nationale ou le tonneau des Danaïdes


Je continue l'exploitation de l'ouvrage dont je vous ai parlé hier, 101 idées reçues sur l'économie. Ce soir, un pavé dans la mare syndicale.

« Les acquis scolaires n'augmentent pas directement avec le montant consacré à chaque écolier ». Voilà la conclusion à laquelle arrive Éric Charbonnier, analyste à la Direction de l'éducation de l'OCDE.

Pour pouvoir affirmer pareille chose, il a mené une étude comparative du niveau en mathématique d'élèves de 6 à 15 ans dans 30 pays. Les Finlandais arrivent en tête du classement. Pourtant, la Finlande ne consacre pas 54 500 $ par élèves et par an (dépenses publiques et privées confondues). En seconde position, viennent les Sud-Coréens, qui bénéficient d'une dépense annuelle et individuelle de moins de 42 000 $. Une différence de 23% dans les dépenses qui ne les empêchent pourtant pas d'obtenir d'excellents résultats...

Plus spectaculaire encore, les États-Unis déboursent près de 80 000 $ par élèves et par an, sans mieux faire qu'une mauvaise performance (25° rang sur 30 !). Quant à la France, elle obtient un classement honorable mais sans plus (13°). Toutefois, elle n'atteint cette médiocrité qu'au prix de lourdes dépenses, plus lourdes que son rang moyen (elle dépense 20% de plus que la moyenne des pays étudiés).

On aurait pu espérer se consoler en se disant que les résultats sont différents concernant la lecture. Même pas, si l'on en croit Éric Charbonnier... C'est donc qu'il ne faut pas seulement poser la question des moyens alloués à l'enseignement ; il faut aussi s'interroger sur les méthodes éducatives utilisées.

D'après Éric Charbonnier, deux modèles scolaires sortent du lot. D'une part, il y a le modèle scandinave, fondé sur la souplesse, la décentralisation et l'individualisation des élèves, notamment illustré par la Finlande. D'autre part, il y a le modèle, dirais-je imparfaitement, asiatique, construit sur la hiérarchie et la discipline, comme on peut le voir au Japon. Ces deux modèles donnent de bons résultats, alors qu'ils paraissent complètement opposés...

En fait, ils auraient une vertu commune : ils assurent une bonne homogénéité du niveau scolaire entre les établissements. Cela améliore naturellement les performances globales du système. A cela s'ajoute que les pays scandinaves orientent tardivement les élèves. En les maintenant plus longtemps dans les filières générales, ils augmentent leur performances scolaires et font des économies (les filières professionnelles étant généralement plus coûteuses). Notons par ailleurs que le modèle autoritaire du Japon et de la Corée paraît de plus en plus contesté, en raison de ses effets anxiogènes.

Quoi qu'il en soit, à l'heure où les lycéens, soudain pris d'une passion inquiète pour leur scolarité, manifestent pour réclamer plus de moyens, mais sans toutefois imaginer un système scolaire différent, plus humain et performant, ce sont-là des données qu'il serait bon de méditer.

Source :
Franck Dedieu, « Dépenser plus augmente le niveau scolaire », in Franck Dedieu, Emmanuel Lechypre, 101 idées reçues sur l'économie, Groupe Express Édition, Paris, 2007, page 60.

mercredi 16 avril 2008

Le raz-le-bol gagne


« Mardi matin, devant un lycée de Seine-et-Marne, le père d'une élève interpelle un professeur qui en barre l'accès : "Laissez entrer ma fille !" lui intime-t-il. "Il n'en est pas question !" s'entend-il répondre. Divers noms d'oiseau fusent de part et d'autre. Dans l'académie de Versailles, des parents s'en sont également pris "assez vivement" à des lycéens bloqueurs, raconte un proviseur. » Quoi d'étonnant ? J'ai parfois l'impression que la majorité silencieuse, celle qui ne manifeste pas, ne bloque pas, ne beugle pas, mais qui n'en pense pas moins, s'exaspère de plus en plus des grèves à répétition. Les enseignants se plaignent souvent d'être discrédités. Mais ils ne sont pas sans en être lourdement responsables.

C'est pourtant une évidence du bon sens. Bloquer l'entrée des établissements n'est pas plus acceptable que le verrouillage des universités. Si la grève et la manifestations sont des droits légitimes et inattaquables, ils doivent impérativement s'exercer dans le respect des droits d'autrui. C'est précisément ce que ne font pas tous ceux qui, par acte de violence, tentent d'empêcher ceux qui le veulent de suivre les cours. Comment s'étonner que le raz-le-bol progresse ? Peut-on se mettre à espérer qu'un jour peut-être, l'opinion s'élève définitivement contre le pseudo avant-gardisme des activistes de tout poil ?

La grande nouveauté, d'ailleurs, c'est certainement le rejet de l'endoctrinement feutré dont les élèves sont l'objet. Par exemple, à Paris, des lycéens se seraient vu remettre un guide du parfait manifestant... Comment organiser une assemblée générale dans son lycée, se protéger contre les gaz lacrymogènes des CRS ou encore comment se défendre en cas d'arrestation, bref que des choses essentielles que doivent avoir des lycéens !

Source :
Marie-Estelle Pech, « Manifestations lycéennes : la colère des parents », Le Figaro, 15 avril 2008, ici.

Les femmes au boulot, les hommes... au bistrot !


Moi, je suis pour le travail des femmes, et un partage des tâches bien compris...

Mais s'il y a une chose qui m'agace, ce sont les jérémiades des femmes concernant leurs salaires. C'est injuste disent-elles, les femmes gagnent moins que les hommes... Et paf ! Un coup de plafond de verre ! Preuve, s'il en fallait, du sexisme régnant parmi les chefs d'entreprises.

Vous devinez donc ma joie en lisant un petit livre assez intéressant, 101 idées reçues sur l'économie, de Franck Dedieu et Emmanuel Lechypre, publié par Groupe Express Edition en 2007.

Cet ouvrage rassemble des chroniques économiques publiées par L'Express dans la rubrique « Idées reçues » depuis huit ans. Vous l'aurez compris, il s'agit de corriger des impressions fausses concernant l'économie. Pour ce qui est des femmes, voici ce que l'on peut trouver.

Contrairement à ce que l'on finit par croire, à force de se l'entendre répéter, la majeure partie des écarts entre salaire masculin et salaire féminin se justifie par des raisons économiques et non par un quelconque sexisme. Seuls 15% de ces écarts ne sont statistiquement pas explicables. C'est du moins ce qu'a montré une étude de l'INSEE.

Les femmes gagnent en moyenne 25% de moins que les hommes. Or, d'après cette étude, à 40% cela s'explique par la plus faible durée de travail des femmes. Les femmes, en effets, sont plus nombreuses à travailler à temps partiel (un tiers contre moins de 10% pour les hommes). Si l'on pondérait ce facteur, l'écart salarial ne serait plus d'un quart mais de 11%...

C'est donc la première raison. Vient ensuite la seconde. Les femmes sont très nombreuses à être employées, en particulier dans la fonction publique. Secteur, comme chacun sait, où les heures supplémentaires sont rares. A contrario, les métiers d'ouvrier et de cadres restent très largement masculins (en mode persiflage, cela donne : les femmes s'en plaignent pour les cadres, mais pas pour les ouvriers...).

Enfin, les femmes sont surreprésentées dans les professions où les écarts de salaire entre le haut et le bas de la hiérarchie sont faibles. C'est typique des emplois administratifs, par exemple. Dans le privé, elles sont surtout présentes dans des emplois peu qualifiés (caissières, textile, etc.). Parallèlement, elles sont plus rares dans l'encadrement supérieur, si bien que la moyenne des salaires féminins est tirée vers le bas.

Résultat des courses, 15% de l'écart salarial entre hommes et femmes s'expliquerait par le machisme des patrons. Et encore, trouvé-je, peut-on réduire ce chiffre. En effet, il faudrait ranger dans la catégorie sexisme la surexposition des femmes aux interruptions de carrière (grossesse, soin aux enfants, etc.). Mais peut-on réellement reprocher à un employeur de moins bien rémunérer un employé moins sûr ? Ou, du moins, est-ce vraiment du sexisme ? Ne faudrait-il pas admettre que, malheureusement, nous ne sommes pas tous égaux devant le travail ?

En fait, il est une chose que j'aurais tendance à trouver injuste. Si les femmes sont plus exposées aux interruptions de carrière, c'est pour les raisons que j'ai dites, mais c'est aussi parce que lorsqu'il faut arbitrer entre la carrière du conjoint et celle de la conjointe, la carrière du conjoint est le plus souvent prioritaire. En d'autres termes, les femmes quittent plus souvent leur emploi pour suivre un mari muté ailleurs par exemple. Et ça, c'est un petit peu macho tout de même...

Source :
Emmanuel Lechypre, « Les femmes sont sous-payées », pages 53-54.

vendredi 11 avril 2008

Et hop, quelques nouvelles du lycée


Hier, ambiance festive devant le lycée... Des élèves, assez peu nombreux, ont bloqué l'entrée. Djembé, guitare, sodas... il ne manquait plus que le barbecue et les saucisses ! D'ailleurs, cela aurait permis à nos apprentis activistes d'assurer un blocage continue de l'établissement. A l'heure du déjeuner, ses abords ont été désertés...

En fait de blocage, les professeurs et les élèves de terminale étaient gracieusement autorisés à rentrer et sortir. Moi qui n'ai que des secondes et des premières, je fus servi : un seul et unique élève en tout et pour tout ! Le pauvre s'est retrouvé en permanence ! Et moi j'ai manqué une occasion de faire la grasse mat'.

Pour le reste, il n'y avait pas foule dans la salle des professeurs. J'ai été pourtant surpris de voir qu'une bonne moitié de mes collègues d'histoire-géo était là. J'aurais cru qu'ils se seraient mobilisés davantage.

* * *


Personnellement, je trouve toujours aussi absurde cette tactique (si c'en est une) de la grève perlée. Ces mouvements ne changeront pas grand chose. De toute manière, comme je ne partage pas vraiment les revendications syndicales, j'aurais des difficultés à m'y associer.

Toujours est-il qu'un collègue m'a montré un tract distribué par une fédération de parents d'élèves. C'est un petit bonheur de manipulation, un vrai cas d'école !

Voici ce que le tract annonce :« Préparer l'avenir de nos enfants, protéger l'avenir de notre société !! Cette année 11 200 postes en moins... En prévision encore 85 000 supprimés sous 3 ans avec 150 000 élèves de plus !!! (voir le Monde du 4 avril 2008) ». Alors je suis allé voir l'article du Monde en question. Et voici ce qu'on pouvait y lire : « Les syndicats font monter la pression. "Sur la lancée actuelle, d'ici à 2012, ce sont 85 000 postes d'enseignants en moins avec 150 000 élèves en plus dans le système scolaire, assure Alain Olive, secrétaire général de l'UNSA. »

En d'autres termes, un syndicat renvoie à des sources syndicales en citant Le Monde comme gage d'impartialité. En lisant l'article, je m'attendais à ce que le journaliste ait fait une enquête sur la question. Que nenni, ce sont les chiffres de l'UNSA... Ils ne sont peut-être pas faux, mais le procédé me semble limite... D'autant que le même article stipule que Xavier Darcos estime suivre la baisse du nombre d'élèves du secondaire enregistrée depuis 3 ans (moins 150 000 élèves). Ce qui fait, l'un dans l'autre, la baisse plus la hausse, que les effectifs d'élèves resteront stables.

Bon, pour être honnête, je ne sais pas si les réformes en cours sont réellement bonnes. J'ai plutôt l'impression qu'elles répondent à une logique comptable bête et méchante ; l'Etat est désargenté, donc il faut faire des coupes les plus claires possibles. Apparemment, Xavier Darcos table sur un taux d'encadrement de 1 professeur pour 11 élèves (10,5 pour être exact). Il affirme que les non renouvellements de postes ne réduiront pas ce taux moyen. Or, je n'ai jamais vu de classe ayant un effectif aussi réduit ! Tout juste ai-je un collègue ayant une classe à 20 élèves.

Je me demande vraiment si ce ministre a une claire vision de la réalité dans les établissements. Je me souviens que du temps où Jacques Chirac était président de la République, un ministre de l'Education nationale avait affirmé, sans rire, qu'il n'existait plus de classe à plus de 30 élèves... Tant d'ignorance laisse pantois. Par conséquent, m'est avis que cette réforme, sans une véritable remise à plat du système scolaire, est une parfaite impasse. Peut-être est-ce un moyen détourné d'y parvenir. Personnellement j'en doute fort, et je ne parierai par sur la capacité de nos hommes politiques à mener une telle stratégie à son terme avec cohérence et efficacité.

Sources :
– Luc Cédelle, « La réduction de ses marges budgétaires met M. Darcos en difficulté », Le Monde, 03 avril 2008, ici.
– Catherine Rollot, « Entre le ministre de l'éducation et les enseignants, la guerre des chiffres fait rage », Le Monde, 11 avril 2008, ici.

* * *


L'autre jour j'ai une petite discussion avec ce collègue gauchiste sympathique (pas celui qui m'avait accusé d'être pour le travail des enfants). Le sujet se porte sur mai 68. Cet évènement illustre le conflit entre démocratie et justice sociale, me dit-il. D'autres exemples le montrent : le droit à l'avortement, l'abolition de la peine de mort sont des avancées obtenues après les luttes (sic) d'une petite minorité... Ah ! Progressisme et avant-gardisme dans toute leur splendeur !

Je lui réplique que les gens voulaient l'ordre, que c'était tout le sens de la grande manifestation puis du raz-de-marée législatif en faveur du gaullisme. Et puis qu'est-ce qu'une avancée ? Il y a des gens, pas sectaires pour autant, pour qui l'avortement est une abomination morale...

J'ai toujours eu beaucoup de difficulté avec cet unanimisme, cette idée d'incarner une vérité supérieure... C'est là un raisonnement auquel je serai toujours étranger.

mercredi 02 avril 2008

On va vraiment finir par crever le plafond... de la nullité !


Demain, rebelote pour les TPE... Je remplace au pied levé un collègue qui ne peut pas être présent. Les sujets ont l'air assez intéressants, on verra ce qu'en feront les candidats. Beaucoup de mes collègues estiment l'exercice trop difficile pour les élèves. C'est qu'il faut être sacrément autonome et curieux pour trouver un sujet, dégoter des documents, organiser et rédiger un dossier puis élaborer un oral... Le sentiment d'un grand nombre de mes collègues qui ont encadré la préparation de TPE, c'est que la plupart des groupes d'élèves ne suivent pas les conseils donnés. Il y a de quoi soupçonner qu'ils sont en fait incapables de saisir la portée de ces conseils. C'est que problématiser est une tâche ardue pour la plupart des lycéens. D'où la difficulté à cerner le sujet et, donc, à sélectionner, ordonner et hiérarchiser les informations.

Reste à savoir qui est en tort. Est-ce l'exercice qui est trop difficile, comme le pensent certains de mes collègues ? Ou bien sont-ce les élèves qui sont trop faibles par rapport au niveau normal qui devrait être le leur ?

Personnellement, je ne puis répondre. D'autant moins que c'est la première fois que je note des TPE et que c'est un exercice assez nouveau.

Malheureusement, et cela donnera de l'eau au moulin des tenants de la baisse du niveau, une preuve supplémentaire (s'il en fallait une...) de la dégradation du français et du calcul des élèves a été apportée. J'ai en effet trouvé qu'une étude récente confirmait les travaux de Danièle Manesse et Danièle Cogis, publiés dans Orthographe : à qui la faute ? aux éditions ESF. Ces deux universitaires avaient établi qu'en vingt ans, le niveau orthographique avait pris un retard de deux années scolaires : les performances en orthographe grammaticale d'une classe de cinquième de 2005 étaient celles d'une classe de CM2 de 1987.

La DEPP (direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) a donné, à un échantillon d'élèves de CM2 de 2007, les mêmes exercices qu'une enquête réalisée en 1987. Les élèves ont été soumis à des épreuves de lecture, de calcul et d'orthographe. Les résultats ont été moins bons. Par exemple, alors que 61 % des élèves orthographiaient correctement le mot « certainement » en 1987, ils ne sont plus que 50 % en 2007...

Pour ce qui est du calcul, la comparaison avec des études intermédiaires montre une baisse irrégulière, et cela ne laisse pas d'intriguer. Il se pourrait même que la remise à l'honneur du calcul depuis 2002 fasse peu à peu sentir ses effets... Quant à la compréhension, elle reste stable entre 1987 et 1997. En revanche, elle fléchit nettement entre 1997 et 2007, surtout chez les élèves les plus faibles (27% des élèves de 2007 se trouvent au niveau des 10% d'élèves les plus faibles de 1987, c'est franchement inquiétant !).

Bref. Au train où vont les choses, si aucun redressement n'intervient rapidement, on ne pourra plus rien apprendre d'évolué aux collégiens et aux lycéens. Déjà que c'est difficile aujourd'hui ! L'autre jour, un élève ayant le bras gauche dans le plâtre ne pouvait faire le contrôle. J'ai donc écrit pour lui, ce qui me donna l'avant première de sa copie... Quelle chance ! J'ai été atterré de constater à quel point cet élève, qui n'est pourtant pas un demeuré, faisait des contresens sur des points pourtant assez évidents. Je me demande ce qu'ont fait ses camarades. Une chose est sûre : il n'aura pas une bonne note.

En tout cas, je suis conforté dans ma croisade pour l'orthographe et la grammaire. Ce matin, j'ai récupéré les copies bourrées de fautes de certains élèves : s'ils les corrigent correctement et s'ils recopient les règles qu'ils ont enfreintes, ils peuvent rattraper une partie des points perdus. Le chemin sera long...

Source :
Luc Cédelle, « Une nouvelle enquête atteste de la baisse du niveau des élèves en fin de CM2 », Le Monde, 28 mars 2008, disponible ici.

mardi 01 avril 2008

Le libéralisme comme porte de sortie de la droite


Dans ce pays, il y a vraiment de quoi enrager contre la droite. Car on aimerait bien qu'elle forme une alternative plus déterminée à la gauche. Or, la plupart du temps, on constate qu'elle lui oppose une résistance molle. On en vient même à se poser la question : existe-t-il une droite en France ? Avec Nicolas Sarkozy, beaucoup ont cru qu'enfin les choses allaient bouger. Moi-même l'espérais-je et c'était-là l'un des très rares éléments de sympathie que j'avais pour cet homme politique. J'appréciais la colère que son dynamisme suscitait chez les gens de gauche. Je suis persuadé que sa petite phrase sur sa fierté d'être de droite en a exaspérer plus d'un... Mais voilà, la désillusion est bien là, une fois de plus ; c'est si évident qu'il est d'ailleurs parfaitement inutile de s'étendre sur ce point.

Alors d'où vient cette incapacité de la droite française à assumer un positionnement propre, débarrassé de ce que Thierry Wolton appelait le complexe de gauche ?

Vue la récurrence du mal, il faut certainement remonter assez loin, aux origines même. Car force est de constater que depuis 1789, la droite a toujours servi d'ultime réceptacle aux mouvements venus de la gauche. Elle est une sorte de cimetière de la politique. Chez elle sont venus successivement mourir les monarchiens, puis les bonapartistes, puis les colonialistes, puis les républicains opportunistes, puis les républicains radicaux, puis les nationalistes totalitaires... Tous ces mouvements sont nés à gauche, ou ont été positionnés, à un moment de leur histoire, à gauche. Tous ont fini leur course dans le grand marais que constitue la droite.

C'est assez étonnant, ce décalage continuel de l'échiquier politique. Je me demande si le même phénomène existe à l'étranger.

Sans doute cette évolution fut-elle positive un certain temps. Car elle signifia l'affaiblissement des tendances les plus autoritaires de la droite et son ouverture au libéralisme. Mais ce mouvement n'a jamais cessé jusqu'à aujourd'hui. Rien n'illustre mieux ce fait que l'attitude de la droite devant l'impôt, tel que nous le rappelle Frédéric Tristam dans un article au titre pour le moins suggestif, « L'impôt réhabilité ».

Traditionnellement, et je dis bien traditionnellement, la droite est hostile aux impôts. C'est un vieux fond de libéralisme hérité du XIX° siècle. En principe, l'Etat doit rester modeste, se cantonner à ses missions régaliennes, intervenir le moins possible dans la vie des citoyens et la fiscalité ne doit pas servir d'instrument de redistribution sociale. Tout cela fait de petits besoins. Et les petits besoins d'un Etat font de petits impôts. Bizarrement pourtant, la droite française s'est montrée incapable de s'en tenir à ces principes pourtant simples.

Elle s'est d'abord ralliée, après une longue lutte il est vrai, à l'impôt sur le revenu adopté le 15 juillet 1914. Mais les nuées de la guerre s'amoncelant, on pourrait lui trouver là une excuse. Malheureusement, par la suite, les dirigeants de droite n'ont jamais rechigné à accroître la pression fiscale. Par exemple, en 1924, Raymond Poincaré augmente de 20% les prélèvements directs ! Puis, en 1958, De Gaulle rétablit les finances publiques par l'impôt (300 milliards de recettes nouvelles !). Peu de temps avant, en 1954, le gouvernement Laniel avait fait adopter la création de la TVA, une première fois proposée par Antoine Pinay, en 1952, et imaginée par un « libéral », Maurice Lauré. Les choses ne s'arrêtent pas là. En 1995, Alain Juppé préfère augmenter cette fichue TVA de deux points pour maintenir le déficit budgétaire en-deçà des 3% du PIB...

Bref, ce n'est une source d'étonnement pour personne : la droite française aime les impôts. Si bien que F. Tristam peut conclure ainsi son article : « [La droite] a ainsi favorisé – et ce n'est pas le moindre des paradoxes – l'extraordinaire croissance du prélèvement en œuvre depuis plus de cinquante ans. »

A ce stade, ce n'est plus simplement une réhabilitation de l'impôt...

Selon F. Tristam, dans l'esprit de la droite française, l'orthodoxie budgétaire l'a toujours emportée sur l'antifiscalisme. C'est ce qui expliquerait la précipitation avec laquelle la droite française s'est accommodée de l'impôt. Orthodoxie budgétaire... cela sent fort un pseudo-libéralisme mal compris et mal appliqué... Que pourrait-on attendre d'une droite pareille ? A ses yeux, l'étoile étatique ne saurait pâlir... Et cette statolatrie fait de la droite une cousine bien proche de la gauche.

Tristement, les choses ne sont pas prêtes de changer. Car la droite française refuse obstinément de se rallier au libéralisme. C'est pourtant sur lui qu'elle pourrait bâtir une véritable identité propre et reprendre l'ascendant sur le gauchisme lancinant de la politique française. Autrement, les possibilités de la droite sont limitées : ou bien elle renoue avec ses tendances les plus rétrogrades, dans la veine d'une Christine Boutin par exemple, ou bien elle se condamne à n'être que le pantin du progressisme dévoyé de gauche. La première option est un suicide absolu, la seconde est une longue agonie sans gloire.

Source :
Frédéric Tristam, « L'impôt réhabilité », Le Nouvel Observateur, hors-série n°711, novembre-décembre 2007, pages 68-69.

lundi 31 mars 2008

« les troupes américaines ont découvert plus de 500 armes de destruction massives en Irak »


Pour être franc, votre serviteur fut, dans le temps, en faveur de l'invasion de l'Irak. C'était l'époque où je venais de découvrir le libéralisme. Et ma conversion, fulgurante sous les auspices de Jean-François Revel, ne m'avait guère laissé le temps de dissocier libéralisme et Etats-Unis... Une confusion que j'ai heureusement dissipée aujourd'hui.

Mes positions sur la guerre ont évolué. En particulier au fur et à mesure que je m'intéressais à l'anarcho-capitalisme. Si j'ai encore des hésitations sur la radicalité de ce courant libéral, je suis toutefois bien plus avancé que du temps ou le libéralisme se résumait pour moi au revelisme. C'est ainsi que mon soutien à la guerre en Irak s'est émoussé, malgré quelques lectures tendant à montrer que la situation du pays n'était pas aussi dramatique que ce que les grands média voulaient bien nous faire croire.

Il faut bien avouer qu'il n'est pas plaisant d'être dupe ; se faire berner par Bush, quand même... Et puis tous ces morts, ces attentats, ces scènes de chaos ! Ce n'était pas pour cela que j'avais signé. Je me suis aperçu de ma naïveté en croyant au miracle du nation building à la sauce yankee. Finalement, je m'en voulus même. Car, même si ma voix n'eut jamais un poids quelconque dans ces affaires, je me sentais moralement responsable. Quand on prend position, il est plus noble d'assumer ses idées jusqu'au bout.

Il ne me restait donc plus qu'à prier pour la victoire états-unienne. Non pour avoir raison malgré tout, mais par empathie pour ces pauvres Irakiens qui ont vu, un nombre incalculable de fois, le ciel s'effondrer sur leur tête. Quelle ne fut donc pas mon intérêt de voir cet article reproduit par Stéphane.

Il semblerait donc que l'Irak possédait bien des armes de destruction massive. Certes, elles n'étaient pas opérationnelles, mais le pays semble avoir été résolu à les rendre ainsi. (C'est frappant, mais cela reste loin de la menace imminente qu'on nous a fait gober.) L'article rappelle quelques vérités dérangeantes qui illustrent, ce que chacun sait, la fébrile versatilité des hommes politiques. Surtout, et c'est ce qui me touche le plus, la situation semble belle et bien sur la bonne voie. Souhaitons donc que les choses poursuivre leur route, que toutes ces souffrances n'aient pas été subies en vain.



Présentation

Bienvenue sur les Carnets du chemin ascendant !

Né en 1979, je suis professeur d'histoire-géographie dans le secondaire. Ce qui ne m'empêche pas d'être partisan des idées libérales, voire même libertariennes. J'espère que ce site permettra aux lecteurs de bonne foi de se forger une vision plus juste de ce courant de pensée, souvent vilipendé avec injustice.

Mais laissons la parole à un grand maître du libéralisme :

« Le libéralisme est une philosophie de paix et de collaboration internationale. C'est le point de départ de cette doctrine sociale et économique que les intérêts bien conçus de tous les individus et toutes les nations doivent nécessairement s'harmoniser dans une société où règne la propriété privée et le libre-échange. »

Ludwig Von Mises, La Crise mondiale, 1938.

A toutes et à tous, bonne lecture !


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