
À la vérité, nous ne vivons pas en République française, pas même tout simplement en France. Ce pays n'est autre que la Shadokie, la patrie de l'absurdité triomphante et de la bêtise couronnée.
Et le pire, c'est que ceux qui pourraient injecter un peu de raison et de logique dans cette mécanique pourrie, je veux parler des libéraux, sont très largement incompétents à le faire et ratent leur coup les rares fois où ils sont invités à s'exprimer. J'en ai eu la nouvelle démonstration par Pascal Salin lors d'un débat sur le RSA organisé par RTL il y a trois jours, entre Frédéric Lefebvre (porte-parole de l'UMP), Jean-Marc Ayrault et Pascal Salin.
Voici l'enregistrement, écoutez-le, cela ne dure que 13 minutes :
qui va payer le RSA ?
Parlant après les deux politiques, Pascal Salin rappelle sainement que les prélèvements sont exorbitants en France, en particulier sur le capital. Or, le capital c'est l'investissement, donc la croissance économique, l'emploi, etc.
Ensuite, la polémique politicienne reprend entre Lefebvre et Ayrault (pour savoir lequel de l'UMP ou du PS est plus socialiste que l'autre, c'est du propre !). Puis Ayrault s'adresse à Salin en lui disant que ses idées ont été déjà mises en œuvre par le paquet fiscal sans succès. Salin s'en défend, mais ne fournit aucun chiffre, aucune indication propre à permettre aux auditeurs d'évaluer à quel point le paquet fiscal ne correspond effectivement pas à ce que voudraient Salin et les libéraux. Résultat, les auditeurs doivent croire sur parole un libéral dont le discours est déjà entaché de suspicion avant même d'avoir ouvert la bouche ! Mais le gâchis ne s'arrête pas là .
Après l'intervention de Pascal Salin, la dispute reprend entre les deux politiques à propos du paquet fiscal, justement. Le temps restant s'amenuise et notre économiste a beaucoup moins parlé que les deux autres. Alors que le présentateur propose de lui laisser la parole, enfin, Ayrault s'adresse de nouveau à Salin en ces termes : n'oublions pas que tous ces gens qui vont se remettre au travail grâce au RSA vont consommer, et que c'est bon pour l'économie.
Que répond Pascal Salin ? Qu'il faut de la croissance et des entrepreneurs pour avoir des emplois...
Je sais qu'il n'avait plus beaucoup de temps, je sais bien que la critique est toujours la plus facile, mais tout de même ! Moi je peux comprendre ce qu'entend Salin par cette phrase, parce que j'ai lu son livre,
Libéralisme. Je connais donc son laïus sur l'entrepreneur et son rôle. Qu'en est-il des auditeurs ?
Salin manque cruellement de pédagogie. Il rentre trop rapidement dans le conceptuel alors qu'il aurait dû prendre des images plus simples et bien plus parlantes.
Car Ayrault fait une belle faute de raisonnement. Il dit que le RSA sera bon pour l'économie, alors qu'on vient juste de lui expliquer que son financement sera néfaste pour cette même économie. Quelles situation Ayrault peut-il espérer atteindre ainsi ?
Imaginez une belle piscine comme il y en a souvent dans les communes et les campings. Vous puisez de l'eau du grand bain avec un seau. Puis vous longez la piscine jusqu'au petit bain, où vous rejetez l'eau du seau. Et, là , vous prétendez avoir fait monter le niveau de l'eau dans la piscine. Voilà ce que dit et fait le gouvernement. Voilà ce qui dit et fait Ayrault. Démiurgie ! Alchimie !
Je retire 10 à 100, puis ajoute 10 et je prétends obtenir plus de 100... Après avoir ponctionné l'économie, le RSA ne fera que réintroduire ces mêmes sommes qu'il a ponctionnées dans cette même économie. Au mieux, on retrouvera la situation d'avant, à peine améliorée. Des sommes colossales auront simplement été déplacées, rien n'aura été réellement ajouté.
Et n'oublions pas que l'investissement est aussi une consommation, finalement. Car, lorsqu'elles investissent, les entreprises consomment du travail, des produits, créent des emplois. Le nouvel impôt pour le RSA réduira cette consommation au profit de celle des ménages. La différence étant que l'investissement prépare l'avenir, permet la création de richesses nouvelles, là où la consommation des ménages n'est que la consommation de ce qui a déjà été créé. C'est une sacrée différence qui explique pourquoi on distingue investissement et consommation. Mais si la création d'emploi est pénalisée par l'impôt pour le RSA, il risque d'y avoir moins d'occasion pour les chômeurs de trouver un emploi et, donc, de profiter du RSA...
Pascal Salin aurait dû commencer directement par là . Par une image montrant le mécanisme absurde du financement du RSA. Ensuite seulement aurait-il pu entrer dans des considérations plus conceptuelles. Si j'ajoute ce que je viens juste de retirer, tout le monde peut comprendre que je n'augmente pas le total. En déshabillant Pierre pour Jean, j'augmente certainement la quantité de vêtements que possède Jean, mais pas la quantité totale de vêtements dont disposent Pierre et Jean. C'est en ce sens qu'ils ne sont pas opposés mais solidaires, comme le rappelle Salin. Ce qu'il faut, c'est augmenter la quantité globale de vêtements, ouvrir un horizon plus vaste que la stupide redistribution de la pénurie.
Là encore, Lefebvre, cette fois-ci, aurait pu se faire aisément moucher. Il relève que, quelques années auparavant, la croissance était forte sans que cela empêchât les gens de rester prisonniers de la trappe à inactivité. Pour l'auditeur lambda, ce constat invalide tout ce qu'a pu raconter Salin. Il aurait été pourtant simple de retourner l'argument. En effet, si les gens refusent de prendre un emploi alors même que la situation économique est bonne, c'est bien à cause des avantages bien trop généreux que l'État a octroyés aux chômeurs (je renvoie à la longue liste de
mon billet précédent). C'est donc une preuve flagrante de la nocivité de l'intervention de l'État qui, sous couvert de générosité sociale, maintient artificiellement les gens loin de l'emploi. Cela aurait été plus percutant que la réponse de Salin sur les entrepreneurs et la croissance économique. En outre, cela aurait clairement mis le rôle de l'État en question, ce qui n'est pas le moindre des objectifs pour un libéral !
Au fond, tout revient à cette question : pourquoi créer un dispositif supplémentaire, alors qu'une réforme des aides déjà existantes aurait pu avoir les mêmes effets sans coûter plus d'argent aux contribuables ? Certainement qu'il aurait fallu bien plus de courage politique...
Bon, encore un fois je sais qu'il est facile de critiquer, confortablement installé devant son ordinateur. J'aurais probablement fait pire que Salin à sa place. Néanmoins, c'est dommage que les libéraux médiatisés manquent souvent soit de charisme (je pense ici Ã
Mathieu Laine dans l'émission de Ripostes sur le droit opposable au logement) soit de pédagogie.